J’ai une propension au blasphème mais je continue de griller des petites bougies chauffe plat devant la madone, compter les flammèches, avec pour fond sonore les craquements de chaises, la toux mal contenue d’un ou deux mortel qui rebondit dans tout l’espace. On ne perd pas les mauvaises habitudes. Des fois je parle à Dieu et je lui demande pourquoi il a inventé des familles aussi nazes que la mienne, de celles qui sont capables d’inventer des disputes avec des personnes qui ne sont même pas là. Des fois je lui demande de m’extraire l’amour du bide parce que ça m’aiderait, mais il y a des cancers autrement plus dévastateurs que mon petit nœud narcissus-plus-plus. Une bonne partie de ces petits phares en paraffine naît de complaintes du même genre j’en suis à peu prés sûre, et je me sens moins seule. On allume des brasiers avec nos menus chagrins et dans le tas il y a peut être des gens qui ont souhaité très fort quelque chose de pur et pas idiot.
Pour le reste l’existence se résume à s’abrutir de travail, distribuer sur des post-its tout ce qu’on aura jamais le temps de faire, et s’enrouler dans les draps le soir, et saigner du nez, et se shooter au café et parfois rêver deux minutes, en catimini, avec une K7 préhistorique dans l’autoradio.
L’intervalle entre les soirées au bord des zincs se creuse méchamment, il y a comme du changement dans l’air. Je me ballade encore en pull rose-flash au milieu des working-girls et working-boys, mais peut être qu’il serait temps de s’accorder avec le décor.
L’odeur de fatigue dans ta nuque qui ferait pousser chez bien des filles pléthore de ces comptines adolescentes qui peinent à être poignantes. Ton air faussement détaché quand tu tapes des short-message-service à un garçon récemment pêché sur du cybersexe. Tout ça c’est bien trop de fleurs pour que j’y croie encore. Il y a comme du changement dans l’air. Il serait peut être temps de s’accorder avec le décor.
